Le numérique en Afrique : entre illusion et réalité
Pour beaucoup, le numérique se limite à WhatsApp, Facebook et TikTok. Des plateformes de divertissement, oui, mais qui ne reflètent qu’une infime partie du potentiel réel de la révolution numérique. Pendant que 75 % de la jeunesse africaine passe son temps à scroller sans but, les 25 % restants — souvent isolés et peu soutenus — tentent de se former, de créer, et d’innover. Ces derniers comprennent que le numérique n’est pas qu’un outil de consommation, mais un moyen de production, d’autonomie et de transformation sociale.
Et que dire des générations antérieures ? Pour elles, l’informatique se résume souvent à Word et Excel, des outils qu’elles maîtrisent à peine, et qui ne leur ouvrent aucune porte vers les opportunités du XXIe siècle.
L’école africaine : entre deux époques
Le contraste est frappant entre les écoles dirigées par les "anciens" et celles gérées par une nouvelle génération de visionnaires.
Dans les premières, on est encore en 1990 : des registres papier, des bulletins de notes remplis à la main, des erreurs de calcul qui s’accumulent, et des enseignants épuisés par des tâches administratives interminables. Chaque fin de trimestre est un calvaire de paperasse, de corrections manuelles et de risques d’erreurs.
À l’inverse, les écoles dirigées par des jeunes entrepreneurs ou des acteurs conscients des enjeux du numérique ont fait un bond dans le futur. Ici, tout est automatisé : calcul des moyennes en temps réel, suivi des élèves via des tableaux de bord interactifs, archives sécurisées dans des bases de données, et applications mobiles pour les enseignants et les parents. Les professeurs peuvent insérer les notes depuis leur téléphone, les parents consultent les bulletins de leurs enfants en un clic, et les erreurs humaines sont réduites à néant.
Pourquoi un tel fossé ?
La réponse est complexe, mais plusieurs facteurs expliquent cette fracture numérique :
- Un manque d’éducation et de sensibilisation : Le numérique n’est pas intégré dans les programmes scolaires de base. Les élèves sortent de l’école sans savoir coder, sans comprendre les enjeux de la cybersécurité, et sans connaître les opportunités offertes par les métiers tech.
- Un accès inégal aux outils : Même si les smartphones se démocratisent, l’accès à des ordinateurs performants, à une connexion internet stable et à des formations de qualité reste un luxe pour beaucoup.
- Une résistance au changement : Les habitudes ont la vie dure. Beaucoup de dirigeants, d’enseignants et de parents préfèrent rester dans leur zone de confort plutôt que d’adopter de nouvelles méthodes, par peur de l’inconnu ou par méconnaissance des bénéfices.
- Un manque de modèles inspirants : Les success stories africaines dans le numérique sont encore trop peu médiatisées. Pourtant, des entrepreneurs comme toi, Esdras, montrent que c’est possible. Mais sans visibilité, comment inspirer les autres ?
Et demain ?
L’Afrique ne peut pas se permettre de rester à la traîne. Le numérique n’est PAS une option, c’est une nécessité.
Pour rattraper ce retard, il faut :
- Intégrer le numérique dans les programmes scolaires : Dès le primaire, les élèves doivent être initiés à la pensée computationnelle, au codage, et aux outils numériques.
- Former les enseignants et les dirigeants : Sans eux, aucune transformation n’est possible. Il faut les outiller et les convaincre que le numérique est un allié, pas une menace.
- Créer des espaces d’innovation : Des hubs technologiques, des incubateurs, des ateliers de formation accessibles à tous, pour que la jeunesse puisse expérimenter, créer et innover.
- Mettre en avant les modèles locaux : Les médias, les réseaux sociaux et les institutions doivent valoriser les réussites africaines dans le numérique, pour montrer que c’est possible et inspirer les autres.
Le numérique est une chance pour l’Afrique. Une chance de sauter des étapes, de créer des emplois, de résoudre des problèmes locaux avec des solutions locales. Mais pour cela, il faut agir maintenant. Chaque jour de retard creuse un peu plus le fossé entre ceux qui avancent et ceux qui restent sur le bord de la route.
Et toi, de quel côté veux-tu être ?